Ce n'est pas une figure de style, ce sont deux durées mesurées, pièces à l'appui. D'un côté, le temps qu'il a fallu à un locataire pour mettre en ligne le site que vous lisez. De l'autre, le temps qu'il a fallu à notre bailleur pour répondre sur le fond à un courrier recommandé. Ce 4 septembre, nous avons adressé un courrier recommandé à la Direction Générale d'Erilia. Le même jour, la première réponse sur le fond nous est parvenue. Récit, dates en main.
Deux durées qui ne devraient pas pouvoir se comparer
Le 26 août au matin, ce site n'existait pas. Le 27 août au soir, il était en ligne : création de compte, dépôt de signalements avec photos, modération, application installable sur téléphone. Un locataire, un ordinateur, deux jours.
Le 29 mai, trois mois plus tôt, nous avions posté un courrier recommandé à notre bailleur, Erilia, au sujet d'une situation relevant de l'organisation de la gestion de notre résidence. Ce courrier posait cinq questions précises et demandait une réponse écrite, point par point, sous trois semaines. La Poste confirme la distribution début juin.
La première réponse sur le fond est datée du 2 septembre et nous est parvenue le 4 septembre. Quatre-vingt-dix-huit jours. Elle ne mentionne ni l'engagement pris entre-temps de répondre au plus tard le 2 août, ni le compte rendu écrit de l'entretien où cet engagement a été pris, ni la relance du 11 août. Elle ne répond pas point par point. Sur les cinq questions posées, deux reçoivent une réponse partielle ; trois ne sont pas abordées.
Nous ne comparons pas ces deux durées pour nous flatter. Nous les comparons parce qu'elles disent quelque chose de précis : répondre à un courrier coûte moins d'efforts que construire une plateforme, et pourtant il a fallu 98 jours pour obtenir une réponse qui ne répond pas.
La chronologie, datée et documentée
  • 29 mai : courrier recommandé avec accusé de réception. Distribution confirmée par La Poste début juin.
  • 18 juin : accusé de réception d'Erilia, avec attribution d'une référence de dossier. Aucune réponse sur le fond.
  • 2 juillet : entretien à l'antenne Erilia de La Ciotat avec la direction d'agence, qui se désigne comme notre interlocuteur direct et s'engage à une réponse écrite au plus tard le 2 août, comprenant la réponse point par point au courrier du 29 mai.
  • 3 juillet : nous adressons un compte rendu écrit de l'entretien, avec quinze jours pour toute observation. Aucune observation ne sera formulée.
  • 2 août : échéance de la réponse promise. Rien.
  • 11 août : courrier de relance, nouvelle échéance au 26 août. En retour, une réponse automatique d'absence.
  • 26 août : rien.
  • 27 août : lavoixdeslocataires.fr est mis en ligne.
  • 4 septembre : courrier recommandé à la Direction Générale d'Erilia à Marseille, demandant une réponse écrite sous quinze jours et annonçant, à défaut, la saisine de l'Agence nationale de contrôle du logement social (ANCOLS).
  • 4 septembre, le même jour : réception d'un courrier de l'agence daté du 2 septembre, première réponse sur le fond. Il ne mentionne ni l'engagement du 2 août, ni le compte rendu, ni la relance, et ne répond pas point par point. Nous en avons pris acte par écrit le jour même.
98 jours entre le courrier recommandé du 29 mai et la première réponse sur le fond. Nombre de points traités sur les cinq posés : deux, partiellement.
Ce que cela signifie
Quand un directeur d'agence s'engage à répondre à une date donnée, et laisse ensuite un compte rendu écrit de cet engagement sans la moindre observation, cet engagement engage l'organisme, pas seulement la personne. Un courrier recommandé demandant une réponse sous délai n'est pas un geste d'humeur : il fixe une échéance, date officiellement le retard, et ouvre, s'il le faut, la voie de l'ANCOLS, l'autorité qui contrôle les bailleurs sociaux.
Pourquoi nous racontons cela ici
Parce que notre cas n'a rien d'exceptionnel, et c'est bien le problème. Chaque signalement déposé sur cette plateforme raconte la même asymétrie : d'un côté des locataires qui écrivent, relancent, gardent les preuves ; de l'autre des silences qui ne coûtent rien à celui qui se tait, tant que personne ne les compte.
Cette plateforme est née exactement pour ça : compter, dater, rendre visible. Un délai de 98 jours, tant qu'il reste dans une boîte aux lettres, n'existe pas. Publié, daté et sourcé, il devient une donnée.
Et maintenant
Le délai de quinze jours du courrier adressé à la Direction Générale court. Une prise d'acte écrite de la réponse du 2 septembre a été adressée à l'agence le 4 septembre, avec copie à la Direction Générale. Si une réponse complète arrive, nous le dirons ici, avec la même précision. Si elle n'arrive pas, nous saisirons l'ANCOLS et nous le documenterons aussi.
Vous êtes locataire à La Ciotat et vos courriers restent sans réponse ? Datez, conservez, et signalez sur la plateforme. Ce qui est documenté finit par compter.